Historique du château

L'apparition d'un lignage chevaleresque revendiquant par le qualificatif toponymique de Berzy l'installation en ce lieu, remonte dans les textes à 1161. La majeure partie du terroir foncier de la "villa" de Berzy appartenait depuis le IXème siècle à l'abbaye Saint-Médard de Soissons.

     Le premier seigneur de Berzy, Eble, a pour frère Guy, qui s'intitule vicomte et seigneur de Pernant à la même époque. Ce titre place ces deux personnages dans l'entourage du comte de Soissons Yves de Nesle. Depuis 1152 ou apparaît un chevalier Eble jusque 1176, sept actes conservés, dont cinq émanant du comte de Soissons, un de l'évêque, ont notamment pour témoin Eble de Berzy. Un autre acte, du pape Alexandre III, rappelle un don fait par Eble à l'abbaye Saint-Léger de Soissons, unique fondation comtale. Ces actes révèlent que le seigneur de Berzy avait la confiance du comte au même titre que le vicomte de Pernant, ou d'autres titulaires de seigneureries importantes, comme Pierrefonds et Ambleny, qui apparaissent aussi comme témoins.

     Sous cette suzeraineté bien veillante, Eble dut se faire construire une première maison seigneuriale près de l'église paroissiale également en chantier à cette époque.

     A Eble, succède son fils Foucard de Berzy, vers 1177, époux d'Aeliz, toujours témoin d'actes comtaux et bienfaiteur de l'abbaye Saint-Crépin-en-Chaye. En 1192 c'est son fils homonyme Foucard qui agit sous la tutelle de sa mère comme seigneur de Berzy dans une affaire concernant des biens dont disposait à Berzy Robert de Pernant. On voit vers 1210 par un aveu rendu par Aeliz de Berzy qu'une partie de la seigneurerie de Berzy était dans la mouvance du comté de Champagne et de la châtellenie d'Oulchy. On ne connaît pas l'importance du patrimoine foncier de la seigneurerie, qui ne devait cependant pas être négligeable aux XIIIème et XIVème siècles.

     Foucard de Berzy, qui figure vers 1205 dans la liste des chevaliers bannerets du royaume aux registres de Philippe Auguste, trouvera la mort avec son frère Jean de Berzy, en participant à la croisade Albigeoise: dès 1212, Foucard et Jean sont présents aux sièges de Penne d'Agenais et de Moissac. On les retrouve à Béziers en 1214, et à partir du siège de Beaucaire (1216), Foucard s'impose comme un chef de guerre de première importance, conseiller écouté de Simon de Montfort, notamment pour les opérations envisagées en 1216-1218 pour réduire Toulouse. Après la mort de Simon devant cette ville, la fortune des deux frères tourne mal. A la tête de la troupe de croisés qui prit pour  cible le comte de Foix Raimond-Roger, ils furent défaits devant Bazièges au début de 1219 par l'armée de ce dernier qu'était venu épauler Raimond, fils du comte de Toulouse Raimond VI. Malgré sa vaillance, le chevalier banneret Foucard était considéré comme indigne d'être combattu personnellement par Raimond. Les chroniqueurs dont émanent ces renseignements: Guillaume de Puylaurens, et le continuateur anonyme de Guillaume de Tulède dans l'écriture de la chanson de la croisade Albigeoise, décrivent Foucard de Berzy comme un personnage cruel et débauché. Le premier des deux chroniqueurs était bien informé comme curé de Puylaurens, lieu dont Foucard avait obtenu château et seigneurerie. Un an après leur capture à Bazièges, libérés entre-temps, les frères de Berzy tombèrent à nouveau entre les mains de Raimond de Toulouse à l'issue d'une razzia, mais cette fois furent décapités: "talion de leur méchanceté" dit Guillaume de Puylaurens, peu suspect de vouloir diffamer injustement leur mémoire. Des liens privilégiés devaient unir les chevaliers de Berzy à leur suzerain, pour que le comte de Soissons Jean II prît l'initiative en 1258 de rapatrier la dépouille des deux frères pour leur donner sépulture, comme des martyrs, dans le cloître de l'abbaye de Longpont.

     La suite des seigneurs de Berzy est connue jusqu'à la fin du XIIIème siècle. Jean, "homo féodalis" du comte au milieu du siècle, n'a plus le droit qu'au titre d'écuyer, celui de chevalier étant porté par son frère aîné Foucard, troisième seigneur de Berzy de ce nom.

     Au XIVème siècle, excepté une "feue noble dame Jeanne de Berzy" morte vers 1395, les historiens perdent la trace des seigneurs de Berzy, ce qui nous prive cruellement de toute information sur les maîtres d'ouvrage des campagnes de construction qui ont donné au château de Berzy sa physionomie la plus significative, l'un d'eux ayant fait oeuvrer sous la suzeraineté du duc d'Orléans.

     En 1445, la seigneurerie passe, par voie d'achat semble t'il, à Pierre de Louvain, chevalier, seigneur de Mareuil-en-Dôle, Baillon, la Neuville et Chassins, titulaire, outre la seigneurerie de Berzy, de celle de Vierzy. On sait le rôle que joua Louvain dans l'assassinat, au château de Nesle-en-Dôle de Guillaume de Flavy. En épousant sa veuve, Blanche d'Aurebruche, en 1450, Pierre de Louvain prit possession des seigneureries que celle ci avait hérité des vicomtes d'Acy et de Pernant, à savoir outre ces deux dernières seigneureries, celles non moins importantes de Nesle-en-Dôle et de Coulonges-Rognac, en Tardenois. Maître de plusieurs châteaux importants dans la région, participant à la campagne de Guyenne, traqué par les descendants de Guillaume de Flavy qui finirent par l'assassiner en 1464, Pierre de Louvain n'eut probablement pas comme souci majeur de faire bâtir à Berzy.

     En revanche, l'aîné des cinq fils qu'il eut de Blanche, Claude de Louvain, démontra son attachement pour Berzy en fondant la chapelle castrale Saint-Claude vers 1503, date à laquelle il accéda au siège épiscopal de Soissons. C'est sans doute à lui qu'il faut attribuer, dans le dernier quart du XVème siècle, les aménagements résidentiels du château auxquels cette chapelle est liée.


 
      En 1519, à la mort de Claude de Louvain, ou avant, son frère Nicolas, chambellan du duc d'Orléans, gouverneur de Pierrefonds, capitaine-concierge du château de Villers-Cotterêts, prit possession du château de Berzy, ayant aussi hérité à la mort de ses frères Gilles et Antoine, du titre de seigneur de Pernant, Nesle et Vierzy. La part qu'il prit aux guerres d'Italie, sa présence dans l'aire d'influence de François Ier à Villers-Cotterêts semblent le désigner comme initiateur, peu avant sa mort en 1526, des "embellissements" renaissance entrepris au château de Berzy. C'est néanmoins sa veuve Jeanne de Saint-Seigne et son second époux Louis de Pierre-Buffière qui timbrèrent de leur écu , avant 1542, des médaillons de pierre apposés sur les nouvelles constructions.


     Berzy passa en 1554 à Jean d'Estrées, seigneur de Coeuvres, grand maître de l'artillerie. A l'issue du siège de Soissons en 1567, Jean d'Estrées favorisa la retraite des troupes protestantes en son château de Berzy. Les d'Estrées conservèrent Berzy, auquel se rattachait depuis Louvain un titre vicomtal jusu'en 1737. Les vastes possessions et les nombreux châteaux des d'Estrées les conduisirent à considérer Berzy surtout comme le centre d'exploitation d'un domaine foncier. Il y a tout lieu de croire que dès le XVIIème siècle, le château de Berzy n'était plus habité que par un fermier. Cette situation ne changea pas avec la famille de Saint-Fargeau. Les fermiers ayant accédé à la propriété du château et des terres dépendant, après la révolution, firent construire de nouveaux bâtiments, agricoles et locatifs, au XIXème siècle. Leur destruction complète, avec celle d'une partie des restes du château, lors de la Première Guerre mondiale, a mis un terme à la vie dans l'enceinte déchiquetée par les obus.

     Devant les menaces de pillage ou des destruction des ruines, l'administration des Monuments Historiques décréta leur classement d'office le 13 juillet 1926. Un procès intenté par le propriétaire ne permit pas d'entreprendre les travaux de consolidation avant 1932. L'architecte Genuys dirigea une première campagne jusqu'en 1935. Monsieur Kaerling lui succéda dans les campagnes de travaux qui se succédèrent de 1939 à 1944.

     Aujourd'hui, le château a été racheté par la commune et la restauration ainsi que la mise en valeur du site sont mises en oeuvre par l'Association de Sauvegarde du Patrimoine de l'Aisne Méridionale.

 

 


Extrait du "Congrès archéologique de l'Aisne méridionale" le château de Berzy le Sec par Christian Corvisier, Historien de l'architecture

 

 



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